05 septembre 2008

Pierre Volle et le Sens du client

Le 200ème billet de mon blog est une interview, et pas n'importe laquelle ! Je pourrais céder à la facilité et au snobisme du milieu de la relation client en disant "on ne présente plus Pierre Volle et son track record" ou encore "j'ai le grand plaisir d'accueillir le fameux Pierre Volle...". Je vais résister et vous livrer tout simplement ses réponses à mon questionnaire du Sens du client, mais avant celà vous donner quelques liens sur lesquels vous pourrez apprendre et vous enrichir, car telle est la vocation de ce blog.
Découvrez donc le site de ce brillant univeristaire , un aperçu de ses recherches dans le domaine du management de la relation client et un lien vers l'ouvrage dont il est le co-auteur : l'excellent "Gestion de la relation client"
Amateurs de contenu riche et pertinent, vous êtes les bienvenus !

Qui êtes-vous ?

Je suis Professeur de Marketing et Directeur de la communication de l’université Paris-Dauphine. Je suis spécialiste de relation client et de commerce électronique.

Selon vous, pour une entreprise, qu’est-ce qu'"avoir le sens du client" ?

Une connaissance à la fois objective et intime de son client. Le contraire de ce que l’on voit bien souvent : des stéréotypes basés sur des perceptions personnelles souvent biaisées. Une relation client qui permette de simplifier la vie des clients, pas de leur compliquer l’existence en imposant des process dictés par l’entreprise.

Que pensez-vous de l’évolution de la relation client en France ?

Il reste énormément de travail, notamment au niveau des entreprises de taille moyenne, coincées entre les grandes entreprises qui maîtrisent bien des process rodés, et des petites structures qui connaissent bien leurs clients. Mais les choses progressent !

Avez-vous une anecdote, un exemple de relation client remarquable ?

Il y a quelques mois, j’ai essayé de mettre en place le Wifi chez mes beaux-parents. Dans la boîte, une carte permettant de contacter la hot line. Après quelques essais infructueux, j’appelle… 15 minutes d’attente, deux phrases pour m’expliquer… puis coupure. Je rappelle… 5 minutes d’attente, une phrase… puis coupure. Je rappelle encore une fois… On me dit "l’assistance d’une heure gratuite est limitée à deux appels téléphoniques" ! Merci de votre aide !

30 août 2008

Les clients viennent en second

Le livre "Les tribulations d’une caissière" vient de sortir. J’avais fait il y a six mois l’interview sur mon blog de son auteur, désormais la caissière la plus connue de France. Son fameux blog va bientôt atteindre le million de visites, preuve que la vie des employés au service du client en passionne plus d’un.
J’apprends sur ce blog que certaines grandes surfaces n’ont pas mis en rayon ce livre jugé inapproprié ("trop violent") vis-à-vis des clients. C’est en réalité un livre très drôle et pas polémique, qui se contente de raconter sans jugement et dans le détail le quotidien d’une personne au contact du client.
Les réticences de certains distributeurs prouvent bien sa force et illustrent parfaitement la nouvelle tendance de la modification des rapports de force dans le domaine du service client.
- Les clients s’expriment de plus en plus, grâce principalement à internet qui leur donne un forum facile d’accès et très puissant, sujet développé de nombreuses fois dans les pages de ce blog.
- Les entreprises en font une nouvelle religion et permettent à leurs clients de participer à l’amélioration de leurs produits et de leur service, à l'instar de Dell et de son blog Ideastorm que je vous invite à découvrir ici
Selon le Baroblog de crmmetrix , 27% des internautes français lisent des blogs. Parmi eux, 30% ont déjà visité un blog de marque et leur première attente (à 83%) est exprimée de la sorte : "que je puisse m’exprimer lorsque j’ai eu une mauvaise expérience avec la marque".
- Quant aux employés, qui sont au 2/3 au contact avec le public –chiffres issus d’une étude du Ministère du travail de 2003 – "71% des salariés travaillent en contact avec le public", (lire mon billet au sujet de la violence du client ), il n’y a pas de raison qu’ils ne s’expriment pas en dehors des forums traditionnels (comités d’entreprise, syndicats, réunions internes…).
C’est le cas de Anna Sam et de son livre à propos de sa vie de caissière, mais c’est aussi le cas aux Etats-Unis par exemple d’un livre qui est sorti il y a un mois "Waiter rant"("La harangue du serveur" accompagné du sous-titre "merci pour le pourboire, les confessions d’un serveur cynique") qui raconte par le menu les anecdotes d’un serveur dans un restaurant. Un mois sur la liste des Best sellers du New York times, de nombreuses retombées dans la presse -y compris à la télévision-, pour ce livre et son auteur qui estime que 80% des clients sont plutôt des gens bien et que 20% sont des psychopathes socialement inadaptés ("socially maladjusted psychopaths" en anglais dans le texte).
Son point commun avec les tribulations d’une caissière ? Il est aussi issu d’un blog célèbre créé en avril 2004, la voix des deux millions de serveuses et serveurs américains.

Tout ceci me fait penser à un autre livre que je vous conseille, "The customer comes second"(le client vient en second), un livre vieux de plus de 15 ans, remis à jour en 2002 qui fait écho au fameux dogme du client roi.
Cela ne semble donc pas aller de soi qu’avant d’avoir le sens du client, il faut avoir le sens du management des ressources humaines.
C’est ce que prétend Howard Schultz, le PDG fondateur de Starbucks, dans sa citation que je vous livre ici en conclusion :
"Our mission statement about treating people with respect and dignity is not just words but a creed we live by every day. You can't expect your employees to exceed the expectations of your customers if you don't exceed the employees' expectations of management."
"L’expression de notre mission à propos de la façon de traiter les gens avec respect et dignité, ce ne sont pas que des mots, mais un principe que nous vivons tous les jours. Ne vous attendez pas à ce que vos employés aillent au delà des attentes de vos clients si vous n’allez pas au delà des attentes des employés à l’égard des gens qui les dirigent."

24 août 2008

Harcèlement, intrusion : gros enjeux pour le sens du client

La période des vacances est toujours propice à la réflexion. En ce qui me concerne, en déambulant dans les ruelles d’un pays étranger, je songeais au harcèlement commercial dont sont l’objet les touristes. "Fishing, massage, sculpture, luxury watches at good price, glass boat, swimming with dolphins ?, good restaurant, look at the menu card Mister !”.. A tel point qu’un commerçant bien inspiré de Louxor en Egypte a cru bon de mettre sur la porte de sa boutique un engagement très clairement exprimé à l’attention des touristes de différentes nationalités (cf photo ci-dessus). Quelle leçon de marketing !
Si j’en crois l’excellente deuxième édition du Baromêtre de l’intrusion paru il y a quelques semaines (réalisé par l’agence ETO et la société d’études Market Audit), les responsables marketing feraient bien d’aller faire une croisière sur le Nil !
Selon cette étude réalisée auprès de plus de 30000 internautes, une des affirmations qui recueille le plus grand nombre d’opinions favorables est « je souhaite pouvoir déterminer moi-même la fréquence de réception des emails commerciaux » avec 7,3 sur 10.
Vient ensuite un peu plus bas « je fuis les enseignes qui deviennent trop envahissantes » avec 6 sur 10.

J’ai, à titre personnel, fait l’expérience des emails provenant des sites de ventes privées et de plusieurs sites de commerce sur internet par exemple. J’avoue que j’ai eu les mêmes sensations que dans le grand souk de Marrakech, dans les ruelles de Shangaï, au pied de la pyramide de Khéops et sur la plage de Zanzibar.
Je me suis désabonné de presque toutes les newsletters (que je sois client ou prospect), sauf de celles qui avaient un réel intérêt pour moi (comme par exemple Amazon.com qui m’écrit tous les 4 jours en moyenne avec un bon nombre d'emailings personnalisés). Rien d’étonnant à cela, je me comporte comme n’importe quel client. Je ne prétends pas qu'une fréquence quotidienne est mauvaise, je pense qu'elle n'est pas adaptée à tous les prospects et ni à tous les clients. J'attends toujours une fonctionnalité qui me permettrait facilement de décider de la fréquence et du thème des envois.
Qui plus est, si on peut dire non à un vendeur de souvenirs dans un souk, il semblerait que dans l’hexagone plus de la moitié des personnes ayant demandé une desinscription, continuent à recevoir des emails.

Quels enseignements tirer de tout cela ?

Il ne fait aucun doute qu’on peut solliciter et même sur-solliciter un client qui est très attaché à votre marque ou votre enseigne. Les vendeurs à distance par catalogue pouvaient vous le dire il y a trente ans déjà : on sollicitait à l’époque plus d’une fois par semaine des acheteuses de textile (en comptant les factures, les appels téléphoniques, les colis et catalogues dans la stratégie de contact). La règle était (et est encore) de traiter de la même façon tous les clients fidèles. Plus vous étiez "gros acheteur", plus vous aviez de chance de recevoir des mailings par exemple.
On apprend dans l’étude que la fréquence idéale de contact est variable ; plutôt moins d’une fois par semaine pour l’email, un fois par mois pour les mailings et moins d’une fois par mois pour les sms. Mais ce ne sont que des moyennes...

Plutôt que d’accroître la pression promotionnelle aveuglement ou appliquer une règle unique, une entreprise à intérêt à :
- considérer dans sa « stratégie de contact » l’intégralité des contacts publicitaires et commerciaux (type acte de vente, factures, appels téléphoniques, colis, visite…).
- essayer de connaître mieux ses clients, en partant du principe que leur comportement n’est pas toujours linéaire ni cohérent dans le temps.
- les faire s’exprimer sur leurs moyens de contact préférés, la fréquence de ceux-ci (combien d’entreprises le font ?). On ne peut plus associer en masse comme auparavant le volume d'achat au volume de contact.

Il y a urgence : les taux d’ouverture moyen des emailings ne cessent de chuter. Et pour revenir au Baromêtre de l’intrusion, un score d’agrément de 4,8 (en baisse par rapport à l’année dernière) est attribué à l’affirmation « j’aime recevoir de l’information des enseignes/marques que je préfère sous quelque forme que ce soit ».

Je note enfin que 80% des clients sont d’accord pour échanger avec leurs marques préférées (score qui croit avec le plus jeune âge) : les marques et enseignes ont donc tout intérêt à être très vigilantes quant à la façon d’échanger.
Les clients veulent désormais maîtriser la relation qu’ils entretiennent avec leurs marques ou enseignes préférées ; faire preuve de sens du client dans ce cas est bien de lui donner les moyens de le faire. Il me semble en outre que c'est l'évolution du CRM : le client participe à la gestion de sa relation.

Pour télécharger l’étude complète, cliquez sur ce lien.

21 août 2008

Cécilia Dessèvre (Toyota) et le Sens du client

Je suis sincèrement ravi d'accueillir dans ces colonnes une personne de la société Toyota d'une part et une femme d'autre part. Je m'en veux de ne pas respecter la parité sur ce blog ; voilà de quoi équilibrer les contributions.
J'ai eu de nombreuses occasions de parler de Toyota dans mes billets précédents, à l'occasion d'un palmarès et à propos des valeurs d'entreprise. Rappelons ici qu'un des dogmes de Toyota est de "cultiver le sens du client".

Qui êtes-vous ?

Après une expérience de 6 ans à des postes terrain et marketing chez Ford France, je suis en poste chez Toyota France depuis 8 ans pour m’occuper de la stratégie client en interne et dans les concessions Toyota. Je suis actuellement Chef du Département Relation Client et gère à ce titre les services client, la satisfaction et le marketing client (fidélisation).

Selon vous, pour une entreprise, qu’est-ce qu'"avoir le sens du client" ?

Avoir le sens du client, c’est placer le client au cœur de la stratégie de l’entreprise. Il faut pour cela avoir un produit et un service client exemplaire puis une cohérence parfaite dans l’ensemble des points de vente Toyota en France. Le client doit devenir l’ambassadeur de la marque et, grâce au bouche à oreille positif, recommander la marque pour donner l’envie à ses pairs d’acheter des véhicules Toyota. L’obtention de prix comme la première place dans le secteur de l’automobile au Podium de la Relation Client TNS Sofres 2007 et 2008 ou au Trophée Qualiweb 2008 conforte la pertinence de notre politique client vis-à-vis du réseau et du consommateur final.

Que pensez-vous de l’évolution de la relation client en France ?

Autrefois, considérée comme un mal nécessaire et limitée à la gestion des réclamations client, la relation client s’inscrit désormais dans la stratégie de l’entreprise. Le client devient acteur puis prescripteur. Il est de plus en plus consulté en amont pour le lancement ou l’évolution des produits et devient lui-même partie prenante en créant des blogs et en laissant ses commentaires sur des forums. Le client ambassadeur veut être reconnu au sein d’une communauté et récompensé pour sa fidélité et son implication dans la marque. Chez Toyota, nous avons créé le Club Toyota en 2003. La participation à ce Club est accrue surtout depuis le lancement de notre nouveau site internet clubtoyota.fr en 2007 et du Club Prius. Le nombre de visite a été multiplié par trois et la participation aux événements clients dopée. L’avenir est dans une communauté de clients prescripteurs.
Alors, gare à sa déception …d’où l’importance d’investir substantiellement dans un service client performant et dans un réseau partageant les mêmes valeurs !

Avez-vous une anecdote, un exemple de relation client remarquable ?

L’histoire se passe l’été dernier en Alsace. Un client de Land Cruiser remorquant un bateau tombe en panne à 8h00 un vendredi. Il doit être le lendemain dans un port du midi de la France Une panne simple et bénigne mais voilà, la pièce nécessaire à la réparation n’est pas disponible avant 1 semaine sur le logiciel informatique. Le concessionnaire contacte donc le service client. L’enjeu est de taille : si le véhicule n’est pas réparé, le client perd ses deux semaines de vacances. 3 possibilités s’offrent : rembourser les vacances du client, prêter un véhicule équivalent avec attache remorque ou trouver la pièce en 24 heures. Les 2 premières solutions sont très onéreuses, la 3ème apparaît comme la meilleure mais la plus complexe. Heureusement, grâce à un excellent relais d’informations de la part du centre de contacts et un formidable esprit d’équipe, le siège Toyota a pu mobiliser à temps le centre de pièces basé en Belgique. C’est l’un des responsables de ce centre qui a lui-même été cherché la pièce pour l’envoyer en chrono pour le lendemain. Le concessionnaire a ensuite ouvert spécialement son atelier le samedi matin et notre client a pu faire la route vers son lieu de vacances.

05 août 2008

Wal Mart se rapproche de ses clients

Wal Mart, le premier distributeur mondial (devant Carrefour avec un CA de 345 milliards de dollars 3,5 fois supérieur à son challenger français), se rapproche un peu plus du client. J'en veux pour preuve deux informations relevées pour vous, dont l'une la semaine dernière aux Etats-Unis.

Premier élément : sur le terminal de paiement par carte bancaire (ci-dessus), une signature vous est demandée avec un stilet, en lieu et place du code de la carte. J'ignore si ce système est généralisé aux USA mais il permet une fonctionnalité très intéressante.
Avant de signer sur ce mini-écran, une question simple vous est posée. "Votre hôte(sse) de caisse a-t'elle (il) été courtois(e) avec vous ?". Vous répondez par oui ou par non immédiatement avec votre stilet. Plusieurs questions sont disponibles sur le terminal d'après ce que j'ai vu mais une seule question -relative à la satisfaction- est posée par transaction. Quand on pense que 130 millions de personnes réalisent chaque semaine un achat, je me dis que la somme d'informations récoltée est considérable. Evaluation des collaborateurs, satisfaction en fonction de l'heure d'achat (en l'occurrence pour moi 23h30 car ce magasin ne ferme pas la nuit), en fonction des rayons visités dans lesquels le client a acheté, en fonction du montant du ticket...

Seconde information, le CMO (Chief marketing officer) a annoncé il y a quelques mois au cours d'une conférence (lire l'article ici ) que 75% de ses clients allaient sur internet. Après visiblement avoir essuyé des revers sur des sites dédiés aux enfants visant à faire une liste de jouets préférés (retiré sous pression d'associations consuméristes), Wal Mart veut investir sur internet dans le but de développer l'échange entre clients. A croire que Cathy Halligan, la CMO de Wal Mart, a lu le livre Clue train manifesto (dont je parle ici dans un précédent billet).
La fonctionnalité "reviews and ratings" (critiques et notes, voir la photo ci-dessus à droite) pour les produits vendus en ligne et en magasin, vient de fêter sa première année d'existence sur le site de Wal Mart. Ce qui semble tomber sous le sens pour un "pure player" comme Amazon, est une nouveauté pour le leader mondial de la distribution physique traditionnelle. Mais le mouvement est lancé si j'en crois Cathy Halligan : "We are evolving with our customers. Our customer community is a fortunate asset that we can learn from." ("Nous évoluons avec nos clients. Notre communauté de clients est un capital de grande valeur duquel nous pouvons apprendre.")
C'est un premier pas vers la transformation de l'entreprise en lieu d'échange et de conversation (au sens du fameux Clue train manifesto), mieux que d'être l'objet mais moins bien que d'être l'acteur de la conversation.

Lire mon billet à propos du Clue Train Manifesto.
Lire mon précédent billet à propos de Wal Mart.

25 juillet 2008

Pierre-Arnaud Guggémos et le Sens du client

Je suis très heureux aujourd'hui car Pierre-Arnaud Guggémos, le co-auteur d'un de mes livres préférés sur le CRM "CRM les clés de la réussite", répond à mon questionnaire du Sens du client. J'ai eu le grand plaisir de travailler avec cet homme brillant, notamment en construisant il y a 8 ans dans une web agency une offre que nous appelions à l'époque "e-CRM". Tels des pionniers, nous faisions des conférences ensemble devant un public avide de partage de connaissance sur le sujet. J'ai beaucoup d'admiration pour ses capacités d'analyse et sa faculté à produire des analyses riches avec un respect scrupuleux des méthodes.

Qui êtes-vous ?

Associé du cabinet de conseil Noeo, j’ai acquis une longue expérience de la relation client et du CRM que je partage avec mes clients et mes élèves. Mon profil est détaillé sur Viadéo.

Selon vous, pour une entreprise, qu’est-ce qu'"avoir le sens du client" ?

Avoir le sens du client c’est percevoir que la façon dont on entre en relation est au moins aussi importante que la raison pour laquelle on entre en relation. Avoir le sens du client c’est comprendre que l’on s’adresse avant tout à des individus et à un moment précis de leur histoire.

Que pensez-vous de l’évolution de la relation client en France ?

L’évolution de la relation client en France est lente, ce qui n’est pas forcément étonnant dès lors que l’on comprend que le principal frein est culturel. J’ai bien peur qu’il ne s’agisse d’une question de génération. Le succès du Web 2.0 me laisse néanmoins plein d’espoir.

Avez-vous une anecdote, un exemple de relation client remarquable ?

Je suis séduit par le fonctionnement de ces sociétés d’assurance américaines qui prennent en charge les déclarations de sinistre en allant jusqu’à organiser les rendez-vous avec les réparateurs. J’y pense souvent ces temps-ci en regardant le trou qu’a laissé le plombier dans ma salle de bain il y a trois mois déjà.

20 juillet 2008

Le Royal Monceau et le sens du client

J'ai suivi avec intérêt et amusement le projet de rénovation de l'Hôtel Royal Monceau. Je dirais même plus : j'ai adoré !
Philippe Starck en designer, Jean-Baptiste Mondino pour la photo officielle (ci-dessus avec Starck et Alexandre Allard), Jude Law, Romain Duris, Keziah Jones parmi les 1200 invités : le casting de rêve.

Le nouveau propriétaire du Royal Monceau, palace parisien, a lancé le chantier de rénovation le 26 juin dernier au cours d'une "demolition party" (rien que le nom m'amuse). Les invités étaient invités à détruire littéralement l'hôtel avec marteau, casque, lunettes, bottes et flûte de champagne à la main. Dans les suites et chambres au cours de cette fête très spéciale, les concerts et happenings se succédèrent pour faire de ce lancement un événement de relations publiques dont l'écho fut énorme.
Pour le côté trash, la depêche AFP relate deux départs de feux, une valise et des verres jetés sur la foule dans la cour. So hype !
On peut lire dans l'événement un signe de décadence, une fête de riches cyniques déconnectés de la réalité, symbole d'un siècle qui commence sous le signe de l'argent fou et du luxe insolent. Mais là n'est pas mon propos.
Ce qui m'a frappé, c'est que le nouvel actionnaire du Royal Monceau, Alexande Allard, est le fondateur de Consodata, devenu Axciom depuis le rachat par Telecom Italia pour 500 millions d'euros. Lorsque je découvre ses interviews, j'entends l'homme de marketing qui parle de ses clients futurs et qui offre une vision à sa nouvelle entreprise. Lisez plutôt (extrait de l'article de l'Hotellerie Restauration) : en bon marketer, il qualifie la cible du palace qui ouvrira en 2009 de "Casual VIP" et de "milliardaires en basket".
Il ajoute : "Ces entrepreneurs ont entre 35 et 50 ans, une famille, des enfants. Ils aiment s'amuser, ne s'en cachent pas, mais refusent les contraintes d'un hôtel obsolète et développent par ailleurs une profonde responsabilité pour l'environnement. Ils aspirent à une vie différente. Ils vont fracturer les codes. Le monde hôtelier n'a rien prévu pour ces personnes."
Son projet va donc s'articuler autour de cette vision claire : hôtel-lieu d'expositions, de concerts, de soirées privées avec suites insonorisées équipées en studio d'enregistrement, etc...
C'est bien ce que l'on nomme "l'insight marketing": une vision précise et humaine du comportement de ses clients pour guider la création d'un produit ou d'un service. Une démarche qui peut conduire à casser les codes d'un marché et faire preuve de créativité.
Certes, l'exemple pris ici est dans le domaine du luxe, un secteur offrant plus que n'importe quel autre aujourd'hui des perspectives de croissance, et attire de ce fait les investissements et permet les projets les plus fous.
Mais tout projet marketing -aussi petit soit-il- guidé par une vision du client, par le "sens du client" (qui s'entend ici dans l'acception de la recherche marketing en amont), est promis à une réussite assurée.
J'aime beaucoup ces images symboliques de destruction et ces discours enflammés qui doivent nous faire penser en tant que marketer que notre métier est un éternel recommencement.

19 juillet 2008

La Grande Récré se différencie par la relation client

Le catalogue d'été du premier spécialiste du jouet français est sorti il y a quelques semaines. Ce support papier édité deux fois par an, est son premier média (après ses points de vente) avec un tirage à plusieurs millions d'exemplaires. L'objectif est moins de désaisonnaliser que d'être présent à l'esprit des consommateurs, via une distribution en boîtes aux lettres non adressée dans les zones de chalandise des 134 points de vente.

La Grande Récré est une des enseignes d'un groupe dédié à l’enfant, de dimension internationale . Il y a 3 ans, le Groupe La Grande Récré devenait en effet le Groupe Ludendo avec le rachat des enseignes Jouetland, Starjouet et Bébéland. D'autres enseignes sont venues enrichir ce portefeuille depuis.

L'enseigne reste très active sur un marché dont les caractéristiques marketing sont uniques :
1) GROS MARCHE - GROS PANIER : un marché français de plus de 2,5 milliards d'euro, 2ème pays européen (l'Union européenne étant le premier consommateur au monde de jouets), dont les clients ont le plus fort panier moyen annuel avec plus de 270 euros.
2) LES SPECIALISTES PRENNENT LE DESSUS : la part de marché des magasins spécialisés est en croissance (45,5% vs 42% pour Hyper et supermarchés), due à un grand nombre d'ouvertures.
3) UNE HYPERSAISONNALITE : 50% des ventes sont naturellement faites sur les 70 derniers jours de l'année. Père Noël oblige...
4) DES ALEAS LIES AUX MODES : à l'heure où j'écris ces lignes les acheteurs ont déjà fait des paris sur Noël prochain, alors que les discussions de la cour de récréation du mois de novembre prochain risquent de changer la donne !
5) DES PRODUITS MARKETES PERCUS COMME "MADE IN CHINA" 80% des jouets vendus en France proviennent de l'étranger (plus de 60% des importations venant du sud-est asiatique).
6) UNE CIBLE MOUVANTE des enfants qui migrent de plus en plus tôt vers des jouets plus élaborés et très marketés (jeux vidéo,...). Le premier âge pèse encore 22% des ventes mais les jouets traditionnels connaissent une croissance beaucoup plus faible que celle des jeux vidéo par exemple (+0,5% en 2006 pour le premier vs +10,1% pour les seconds).
7) DES FOURNISSEURS EN MOUVEMENT la concentration des fabricants de jouets bat son plein, signe de structuration du marché (cf la récente histoire de Smoby).
8) UNE EXTREME TENSION SUR LES PRIX illustrée par la condamnation pour entente sur les prix de cinq fabricants et trois distributeurs (amendes infligées en décembre 2007 par le Conseil de la concurrence à Carrefour, Maxi Toys et JouéClub).

Dans ces conditions, notre champion national qui se bat contre des géants mondiaux (Carrefour et Toys R us pour ne citer qu'eux), semble prendre le chemin du retour aux sources. Car La Grande Récré est une espèce de "success story" à la française. Créée en 1977 par un homme extraordinaire, Maurice Grunberg, elle n'a de cesse que de progresser depuis sous la conduite de son fils Jean-Michel et de ses associés.
Sa mission est de résoudre une équation pas facile avec un enjeu majeur qui est la recherche de la différenciation. Des produits qui n'ont pas bonne presse (voir mon billet à ce propos en suivant ce lien ou lisez un avis sur le site ciao), qui ont sensiblement le même prix, le même merchandising et le même format de distribution donnent une idée du casse-tête de La Grande Récré.
C'est pourquoi le dernier catalogue m'a interpellé à ce point. Dans une interview donnée en janvier 2004, Jean-Michel Grunberg déclarait : "Le concept La Grande Récré privilégie la relation humaine". Il semblerait qu'il ait décidé de le faire encore plus savoir avec la mise en avant des "parents conseil" : grand-frère, grande-soeur, tatie, tonton, maman, papa et même papy et mamie conseil sont les nouvelles appellations des vendeurs de l'enseigne. Je note la présence de "seniors" qui, en plus d'être une vraie audace de nos jours, est une preuve simple et efficace de véracité de ces photos.
Aux photos de produits en plastique qui sont les mêmes partout, aux mises en page sans relief s'ajouteront désormais le visage et le sourire des "parents conseil". La Grande Récré a décidé en outre de développer quatre labels qui s'apposent sur les produits ; une manière de "prendre la parole", d'exprimer un choix et donc de se différencier. Ce à quoi il faut ajouter la mise en avant des services que l'enseigne offre naturellement depuis toujours (les emballages cadeaux, l'échange, le remboursement et le service après-vente par exemple).

Dans ce secteur difficile, un des principaux acteurs vient donc de choisir la différenciation par la relation qu'elle entretient avec ses clients, ce qu'elle semblait faire naturellement avant, mais qu'elle revendique désormais.

Reste maintenant pour La Grande Récré à faire vivre ce choix en point de vente afin que les équipes se l'approprient puis le décliner sur tous les points de contacts avec le client. Et parmi eux internet, canal sur lequel la bataille se jouera aussi un jour ou l'autre.

14 juillet 2008

Pouvoir du client : la parabole du Surfer d'argent

Je suis un grand fan du personnage de comics "Le Surfer d'argent" (et plus particulièrement dans la version dessinée par Moebius -cf illustration-). C'est un personnage qui a une dette envers un géant de l'espace dévoreur de mondes qui se nomme Galactus. Ce dernier l'a condamné a le servir pour l'éternité, mais notre héros ne cesse de lui échapper et de déjouer ses plans diaboliques. Remplacez le puissant Galactus par une marque, ajoutez l'analogie entre le surfer de l'espace et le client seul sur internet et vous saisissez ma parabole.
Si je retiens son histoire comme une allégorie du pouvoir du client, c'est que j'ai jetté un oeil ce week-end aux différentes sources de trafic de mon blog, les fameux referrers (voir définition).
Je me suis aperçu que pour deux marques au sujet desquelles j'avais écrit un billet, ma prose figurait en très bonne position sur internet.

Jugez-en plutôt :
Mauboussin (25 millions d'euros de CA) : je raconte le 8 mai 2008 l'histoire d'une mésaventure à propos d'une facture qui m'a été adressée par erreur (cf billet original).
Résultat : lorsque vous tapez Mauboussin sur Google, vous obtenez 1.610.000 réponses et mon billet arrive en première page en sixième position !
Monoprix (3,56 milliards d'euros de CA) : une anecdote à propos d'une de mes visites en magasin le 30 avril dernier.
Résultat : la recherche sur google en tapant "Monoprix" donne 535.000 réponses et mon article arrive en 8ème position sur la première page.

Pour vous qui travaillez en entreprise et qui doutez du pouvoir du client, ces deux exemples devraient vous faire réfléchir. En une heure de rédaction avec un blog personnel fait depuis chez moi, j'arrive en première page de Google pour deux grandes marques. Quand on pense aux mois de travail d'agences de communication on line pour garantir un bon référencement, aux relations presse nombreuses de ces deux marques, aux lourds investissents en communication, c'est proprement incroyable.
Le client a bien pris le pouvoir, et l'entreprise est un objet de conversation (c'est le cas des grandes marques dont on parle en permanence sur la toile), lorsqu'elle n'en est pas encore l'acteur (cf le blog de Michel-Edouard Leclerc) ou encore mieux : le lieu (comme Amazon qui favorise les échanges et les commentaires). Ces trois distinctions ont été faites dès 2000 dans le fameux Cluetrain manifesto (commenté par la société Think Out, voir ici leur excellente présentation).

Pour poursuivre la reflexion, vous pouvez aussi :
- commander et lire le livre original Cluetrain manifesto
- lire le billet de François Laurent* du 9 juillet à propos des
marques de luxe et de la blogosphère
- lire le billet de Thierry Maillet** "Est-ce que les blogs sont une menace ?"

Depuis le temps que j'en révais : je suis enfin ce soir le Surfer d'argent !

N.B. *François Laurent est l'auteur du livre (qui vient de sortir) marketing 2.0 et **Thierry Maillet de Génération participation

12 juillet 2008

Stratégies et le Sens du client

Le blog du Sens du client a été retenu par le magazine Stratégies de cet été consacré aux blogs dans son dossier "paroles de blogs". Le verbe proposé en titre (à la demande du journaliste) est "chatouiller". J'ai pensé que c'était une bonne illustration de mes 190 billets écrits depuis décembre 2005 ; beaucoup d'informations, de l'analyse, des synthèses et un peu d'impertinence.

Le billet que j'ai sélectionné pour illustrer mon blog concernait Virgin Mobile. Si vous avez lu le début de ce billet dans Stratégies, vous pouvez lire la suite en suivant ce lien (je pensais que Stratégies reproduirait la totalité de l'article pour en faciliter la compréhension, ce n'est pas le cas...).

Cette publication est une belle occasion pour moi car mon blog fête ce week-end de fête nationale 2008 ses 50000 visiteurs !
Merci à vous chère lectrice, cher lecteur pour votre fidélité et bienvenue aux nouveaux !

05 juillet 2008

Thierry Weber et le Sens du client

J'ai eu la chance de travailler avec Thierry Weber que je considère comme l'un des plus brillants hommes de marketing que j'ai connu. Homme de caractère aux fortes convictions (une si rare qualité de nos jours), il nous livre aujourd'hui son point de vue sur le sens du client par le biais de mon questionnaire. C'est l'occasion aussi pour vous de découvrir l'outil qu'il utilise aujourd'ui en tant que conseil auprès des entreprises : PERVAL.

Qui êtes-vous ?

Spécialiste Marketing et Développement, ex directeur Marketing d’un grand de la Vente à distance, j’accompagne aujourd'hui les entreprises pour la création de valeur pour les clients avec l’outil méthodologique PERVAL.

Selon vous, pour une entreprise, qu’est-ce qu'"avoir le sens du client" ?

Pour moi, le sens du client c’est créer de la valeur pour le client, c’est-à-dire lui en donner plus pour son argent. Pour cela, il faut connaître parfaitement ses clients, mesurer la qualité de l’offre de l’entreprise perçue par les clients et les faire comparer avec les offres concurrentes.

Que pensez-vous de l’évolution de la relation client en France ?

Après plusieurs années de CRM, qui ont vu bon nombre d’entreprises investir des sommes importantes dans cette approche avec un retour pas forcément à la hauteur de l’investissement, il me semble nécessaire de revenir à une approche plus pragmatique, plus efficiente, moins coûteuse qui est la mesure de la qualité perçue par les clients

Avez-vous une anecdote, un exemple de relation client remarquable ?

Achat de lunettes de vue chez Optic 2000 en 2006. J’avais choisi un modèle haut de gamme (Dolce et Gabana) : j’ai eu une 2ème paire gratuite ce qui est très intéressant quand on perd la 1ère paire (sécurité) puis j’y suis retourné depuis 6 à 8 fois pour faire régler la monture, réparer une vis perdue, changer les verres rayés ; à chaque fois ce fût gratuit, et j’ai bénéficié d’une remise de 50% pour le changement des verres. A chaque visite, l’accueil est parfait (sérieux, gentil) et le service rapide (ils m’envoient un sms quand les lunettes sont prêtes ou font le réglage immédiatement). Conclusion : je retournerai chez eux lors du prochain changement de lunettes (fidélité) ; ils créent une vraie valeur pour leurs clients.


28 juin 2008

Marketing 2.0 : votre livre de l'été

Réjouissez-vous ! Pour la huitième année consécutive en tant que français(e), vous êtes champion(ne) du monde des vacances (on se console comme on peut de l'élimination lors de l'Euro 2008...).
Selon une étude parue récemment, les français sont en tête du classement mondial du nombre de jours de vacances avec 37 jours par personne et par an, loin devant les américains (avec 14 jours), et sur le podium avec l'Italie 2ème (33 jours), et l'Espagne (31 jours).
Si je croise ces statistiques avec celles des habitudes de lecture des français, 21% d'entre vous lisent au moins un livre par an de la catégorie "religieux, économique, politique ou sciences humaines". Si vous êtes Cadre ou parmi les professions intellectuelles supérieures, vous êtes 29% a lire au moins un livre par mois (le plus fort taux) et 17% à ne lire aucun livre (le plus faible taux).
Les probabilités que vous soyez intéressés par ce billet sont donc grandes, d'autant que 74% d'entre vous avez l'intention de partir cet été (9 points de plus que l'année dernière selon cette étude) avec un budget de 1934 euros (4% de moins qu'en 2007). Selon mes calculs, vous pourriez donc consacrer 1,2% de ce budget à l'achat de l'excellent livre de François Laurent "Marketing 2.0". (relisez à l'occasion l'interview de l'auteur publiée sur mon blog il y a peu en suivant ce lien).
J'adore son livre qui pour moi est définitivement le livre de cet été 2008.
Pourquoi ? A la façon de Seth Godin, -mais en beaucoup plus documenté- il apporte une vision iconoclaste de notre métier et des tendances lourdes qui sont en marche aujourd'hui. Illustré de nombreux témoignages, il nous plonge au coeur de la révolution à laquelle nous devons faire face.
En véritable ennemi de la pensée unique mercatique, il nous invite à la réforme de notre discipline, qui peine à s'adapter d'après lui aux bouleversements que le client connait.
Ce n'est pas un énième livre sur le marketing collaboratif, le web 2.0 ou une quelconque tarte à la crême mais une brillante démonstration construite, suite logique de sa prose électronique (notamment sur le blog Marketing is dead).
J'ai beaucoup aimé le chapitre sur les produits de l'année dans la partie "logique de rupture", comme ses pages sur la musique intitulées "intermède musical", une très belle illustration dans un marché représentatif de nos tourments.
Là où je me sens le plus en phase avec lui, c'est dans la magnifique conclusion "pour un marketing simplement plus humain" dont je ne citerais que la dernière phrase pour vous convaincre encore de l'acheter "Dans leur grande majorité, les marketers vont devoir (ré)apprendre à dialoguer -passer de l'expertise codifiée à la (re)découverte du consommateur comme un être humain...et non plus une simple cible."
C'était donc la présentation de votre livre de l'été disponible sur Amazon aux Editions M21, pour un prix équivalent à celui d'un tube de crême solaire.


22 juin 2008

Virgin mobile : c'est peut-être un détail pour vous...

Ma fille cadette, abonnée à Virgin Mobile, vient de casser son portable. Son forfait arrivant à expiration, nous avons opté pour un renouvellement avec un engagement d'un an et un nouveau portable. J'ai donc appelé le service client de Virgin Mobile hier soir pour commander le nouveau téléphone et souscrire au nouveau contrat. C'est à ce moment que j'ai eu une surprise qui m'inspire le billet d'aujourd'hui.
Avant de vous révéler cette surprise, un rapide point sur les MVNO (opérateurs virtuels type M6 mobile, NRJ mobile...). Cette quinzaine d'opérateurs pèsent 5% du marché (soit 2,7 millions de clients) contre 10% dans les autres pays d'Europe (20% en Angleterre). Un score très peu élevé qui s'explique par la lenteur avec laquelle les autorités françaises obligent les gros opérateurs à plus de transparence et de souplesse contractuelle dans les relations avec les clients (cf l'excellent livre signé du Président de l'UFC-Que choisir, Alain Bazot qui s'intitule "Consommateur si tu savais" ).
Parmi les opérateurs alternatifs ciblant les jeunes, NRJ Mobile vient de passer sous le contrôle du Crédit Mutuel il y a un mois (des synergies intéressantes pour cette banque). Résultats décevants (750000 clients au lieu d'un million prévu) et recentrage du groupe NRJ sur son métier expliquent ce mouvement. M6 mobile qui a la même cible, compte 1,2 million de clients. Virgin Mobile compte autant d'abonnés que NRJ après deux ans d'existence. J'avais écrit un billet enthousiaste lors de la création de ce nouvel opérateur en avril 2006 et j'avoue ne pas être déçu.
Le succès de Virgin Mobile peut s'expliquer par la qualité du service client : il vient de recevoir un prix lors de la récente remise des Trophées du marketing client (lire mon billet à ce sujet).
Mais j'ai une autre explication : si on observe leur communication média et hors média (voir illustration de ce billet) et qu'on décrypte leur positionnement (exprimé par la signature "détendu du mobile"), on constate la parfaite cohérence de ce positionnement.
Je suis convaincu qu'une marque est forte lorsque sur tous les points de contacts ("touchpoints") avec ses clients elle exprime son positionnement. Le site internet, la communication papier, les publicités, le service client relaient tous ce positionnement avec une remarquable cohérence. Vous qui cherchiez ce que signifient la communication intégrée, l'approche holistique ou la communication 360 degrés, voilà un bel exemple concret.
Le sujet de ce billet est un de ces choix déterminants faits par l'opérateur pour son service client dans l'approche à 360 degrés : lorsque vous appelez Virgin Mobile, la personne qui vous accueille vous demande si elle peut vous appeler par votre prénom.
Cette vraie surprise pour moi est une pratique très originale en France, signe de proximité avec ses clients plus jeunes et parfaite illustration de la signature "détendu du mobile".
Comme disait France Gall dans la chanson "Il jouait du piano debout" (écrite par Michel Berger) : "c'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup".

14 juin 2008

Jean-Marc Lehu et le Sens du client

Je suis très fier aujourd'hui d'ouvrir les colonnes de mon blog à un de mes auteurs préférés, Jean-Marc Lehu. Je vous recommande son livre "Stratégie de fidélisation" dont la nouvelle édition a été renouvelée et illustrée de plus de 60 études de cas. Ce livre de chevet pour spécialistes du marketing client réunit tous les derniers résultats de la recherche marketing en fidélisation pouvant être utiles au professionnel. Cet ouvrage de plus de 400 pages, écrit de façon très claire, a pour objectif de "tirer les enseignements de la première grande vague de programmes de fidélisation des années 1990, afin de concevoir et mettre en place désormais une stratégie de fidélisation efficace et rentable".

Qui êtes-vous ?

Diplômé en marketing, après un passage en agences de publicité, je suis devenu enseignant en marketing et communication. J’interviens également auprès d’entreprises comme conseil en stratégie de marque.

Selon vous, pour une entreprise, qu’est-ce qu’ "avoir le sens du client" ?

Un comportement assez simple finalement quant à la proposition qui est faite :
1. Observation et écoute.
2. Compréhension et interprétation.
3. Réaction et initiative.
4. Contrôle et évolution

Le tout dans le respect des 4 dimensions de la promesse de satisfaction :
1. Qualité
2. Coût
3. Délai
4. Responsabilité

Que pensez-vous de l’évolution de la relation client en France ?

Elle est encore malheureusement trop souvent aux prises avec des impératifs de rentabilité à court terme. Le défi de la relation client est désormais de trouver les indicateurs fiables qui justifient son utilité, et les leviers qui permettent en permanence à la marque de prouver sa différence.

Avez-vous une anecdote, un exemple de relation client remarquable ?

General Motors a lancé la marque Saturn aux Etats-Unis en 1983. Elle se distinguait avant tout par un positionnement service au client exceptionnel, mais souffrait d’un cruel manque de concessionnaires. Très rare dans l’automobile, cela donnait souvent lieu à un SAV "sur site", chez le client, aux quatre coins du pays.


08 juin 2008

Le client star d'Eurostar

Je me demandais récemment pourquoi les morts accidentelles de marins pêcheurs trouvaient un écho dans les médias si important. A chaque disparition ou naufrage, journaux télé, radio, presse et internet n'en finissent pas de nous parler de ces drames. Le Ministre de tutelle a déclaré récemment que "(le métier de marin était...) le plus dangereux de tous les métiers avec un mort pour mille marins". C'est une première explication. Mais quand on songe que chaque mois 400 français meurent sur les routes dont une dizaine de chauffeurs routiers, je me dis que le traitement de l'information est très variable selon les métiers pour cet exemple.
Le naufrage en mer serait-il plus spectaculaire, plus dramatique ?

Revenons au sujet du jour jugé vendeur de papier pour les journalistes : cette semaine plus de 600 passagers d'un Eurostar en provenance de Londres ont eu 9 heures de retard. Je n'ai pas pu lire un journal, écouter la radio ou regarder la télé sans entendre parler de cet incident.
Des superlatifs en veux-tu en voilà : "catastrophe", "scandale"...
Le président de la SNCF et d'Eurostar, Guillaume Pepy avait déjà dû remettre alors un rapport d'explication au gouvernement suite à l'incident du mois d'avril...
Je ne veux pas minimiser cet incident dommageable (imaginez si j'avais été dans le train quel aurait été mon article) mais je trouve que l'écho qui en est fait est démesuré et j'aime bien l'idée de défendre le point de vue opposé.
Si je rapporte le nombre de passagers de l'incident au nombre de voyageurs transportés depuis le début de l'année sur l'Eurostar (estimation de janvier à mai 2008, 3,6 millions de passagers), celà donne 1 chance sur 10000 de recontrer un tel incident.
Rappelons que l'Eurostar enregistre depuis le début de l'année une croissance de plus de 21%, expliquée par l'ouverture de la nouvelle gare St Pancras et de la ligne à grande vitesse anglaise. (Selon une étude publiée par Eurostar ce succès correspond aussi à une préoccupation sur l'environnement des passagers. Lire les résultats ici.)
Pour revenir à mon sujet, l'Eurostar afiche un taux de ponctualité de 93% (contre moins de 70% pour les avions arrivant en Angleterre et 27 minutes de retard en moyenne pour les charters en Angleterre).

Alors pourquoi un tel déferlement médiatique ?
Une des raisons possibles est la présence du chanteur Pete Doherty à Bord qui devait jouer au Rex devant plusieurs centaines de fans très déçus.
Dans les autres explications, il y a le prix du billet (quelques centaines d'euros) , l'attente légitimement élevée du client sur la ponctualité (cf visuel de la dernière campagne qui identifie le client à une espèce de business man à la "James Bond") et la présence à bord de "bons clients" pour la presse (le passager volubile dénommé Olivier Parein s'est offert son quart d'heure de célébrité).

Imaginez maintenant que les fameuses "class actions" (actions collectives) à la française fassent partie de la Loi de modernisation de l'économie votée il y a quelques jours. Ce n'est pas encore le cas malheureusement (lire le communiqué de presse d'UFC Que choisir).
Je pense aux insatisfaits abonnés au téléphone mobile et à internet, aux passagers d'avion, aux touristes qui se manifesteraient et se regrouperaient, et on aura vite fait d'oublier les mésaventures des clients de l'Eurostar... (pour information, les clients ont eu taxis, hotels, billets de trains remboursés auxquels on ajoute un prochain aller-retour gratuit).

Moralité : les entreprises ne sont pas traitées équitablement au sujet de l'insatisfaction de leurs clients. Et cette situation perdurera tant que les actions collectives ne seront pas possibles en France. Aujourd'hui, la réalité de l'insatisfaction du client n'obéit pas aux règles des vrais chiffres mais à celles de la médiatisation.

Et pour le sourire, jetez un oeil aux deux pages internet (en illustration de mon billet) issues des sites du Figaro et du Monde avec des publicités très astucieusement placées pour British Airways et Lufthansa... C'est l'hopital qui fait de la publicité quand on parle de la charité !

30 mai 2008

Serge-Henri Saint-Michel et le Sens du client

Bienvenue à Serge-Henri sur mon blog. Vous qui êtes surfeur du web et professionnel du marketing et de la relation client, vous vous êtes déjà arrêté sur son blog Marketing agora ou sur son site Marketcom un jour ou l'autre. Ce site de contenu très riche et gratuit (qui figure parmi mes favoris) est une mine d'informations. Le 1er juin marketcom devient Marketing-marketing.fr ; c'est à cette occasion que j'ai voulu interviewer son auteur et vous faire partager son point de vue sur le Sens du client par le biais de mon questionnaire.

Qui êtes-vous ?

Je suis consultant en marketing pour les annonceurs dans le cadre de marketing-pme.fr et planneur stratégique freelance pour les agences, appuyé par Marketing-agora.fr. J’évolue dans le métier depuis 1988.

Selon vous, pour une entreprise, qu’est-ce qu'"avoir le sens du client" ?

De l’écoute, de la prise de hauteur… et beaucoup de proximité dans le conseil et les interventions, mais aussi de la loyauté, de l’implication, de la valeur ajoutée.
Le sens du client fonctionne de façon optimale dans la réciprocité : chaque partie atteint alors un objectif commun de performance, de satisfaction et de co-création (le must !).

Que pensez-vous de l’évolution de la relation client en France ?

Elle me semble plus agréable, moins guindée, même si l’avalanche d’outils de gestion de cette relation peuvent empêcher une réelle « humanité », la renvoyant à un "ce n’est que du marketing" parfois décrié.

Avez-vous une anecdote, un exemple de relation client remarquable ?

Les relations client remarquables sont celles qui nous paraissent non pensantes, "vraies", non intrusives, aux intérêts communément partagés.
Et là, j’ai quelques contre-exemples…

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25 mai 2008

Le théâtre (parisien) et le Sens du client

Je ne me souviens pas être allé au théâtre à Paris sans avoir pesté contre les déplorables conditions réservées au public, enfin je veux dire aux clients. Je devrais bien choisir mes mots car généralement il est de bon ton de ne pas critiquer le spectacle vivant et la culture en France, et encore moins d'y adjoindre des notions de marketing.
Cela me démangeait d’écrire sur ce sujet ici, dans mon blog, et illustrer mon propos avec une jolie photo très explicite (prise avec mon téléphone). L’occasion m’est offerte par un article paru dans le journal Le Monde du 17 mai dernier (cf lien plus bas).
Quand je pense au prix que j’ai payé pour être assis dans de telles conditions (sans pouvoir étendre ses jambes), avec une chaleur suffocante, et qui plus est accompagné à mon siège par une ouvreuse blasée et mal aimable. Je suis certain que vous voyez ce que je veux dire car vous avez fatalement vécu cette situation, n’est-ce pas ?
Je n’ose même pas ajouter le fait que vos voisins vont vous gêner soit par leur taille (car il y a peu de théâtres en amphithéâtre à Paris) soit par leurs réflexions (car il y a beaucoup de gens sourds dans les théâtres).
Prenons par exemple au hasard les meilleures ventes ce soir sur un site de vente de billets : le prix du billet pour la première pièce est à 44,50 euros, la deuxième à 56,50 et la troisième à 38,50.
Je sais que j’exagère car je prends pour exemple la catégorie des vieux théâtres parisiens…
Mais ne trouvez-vous pas étonnant qu’il existe un rapport qualité prix si médiocre de si grande notoriété ?
Notons que dans les quarante dernières années à Paris le nombre de salles a été multiplié par deux, atteignant 130 salles avec une moyenne de 300 spectacles par semaine (chiffres issus de l’article du Monde). Cet article relève que l’offre de places augmente mécaniquement avec un volume de 35000, frolant d’après la journaliste « l’implosion ».
A l’heure ou les musées voient leur fréquentation augmenter grâce à des investissements destinés à améliorer la qualité de l’accueil, le « marché » du théâtre parisien ne croit que grâce à un effet de distribution numérique.
Sur 100 français de 15 ans et plus dans les 12 derniers mois, 16 sont allés au théâtre ou au café théâtre (vs 47 pour le cinéma, voir les chiffres dans ce document). Dans notre pays ou l’on oppose Art et Essai et Multiplexes dans le cinéma, grand spectacle et théâtre d’auteur, on parle trop rarement des conditions dans lesquels celui qui paye assiste au spectacle.
Doit-on endurer une salle sans confort pour assister à un spectacle culturel ?
Quand je vois l’âge moyen du public de théâtre (et vous savez qu’il est élevé), je pense aux nouvelles générations qui ne supporteront pas le quart de la moitié de ce que j’ai enduré au théâtre.
Sauf à considérer mieux le public et donc avoir un peu plus le "sens du client", je pense que le théâtre a du souci à se faire.